Pour qui n’est pas statisticiens, chercher à comprendre les résultats d’une étude statistique biomédicale ou d’un sondage entendu à la radio, paraît une entreprise hasardeuse d’où l’on sort bien souvent troublé ou perplexe, voire inquiet ou désabusé. Non pas tant de ce que l’on a appris et qui bouleverse nos certitudes, mais plutôt parce que cela enflamme nos interrogations : a-t-on vraiment « bien » compris ? que fallait-il comprendre ? mais qui a vraiment dit çà ? ….  On finit même par se détourner de cette source de connaissances … Il n’y a que les sûrs d’eux ou les inconscients qui partent ravis… parfois avec une compréhension partielle voire partiale …. J’ai d’excellents souvenirs des débuts de la bibliométrie dans nos secteurs et de la réception des (premières) infographies… [1]

La culture de la donnée, voilà donc la question sur laquelle deux groupes ont planché en juin 2013 guidés par Amandine Brugière de la Fing [2]. Une production collective très intéressante sur le fond (les domaines de compétences et des compétences appropriées) et sur la forme cartographique.

Y a-t-il des compétences “Data” spécifiques

Les deux groupes sont partis, semble-t-il, d’un fil conducteur maintenant assez habituel pour travailler sur des compétences :  mener des activités suppose la mobilisation d’un grand nombre de compétences, d’ampleur et de niveaux variables suivant le contexte.

  • Pour marquer les besoins en contexte et structurer le travail sur les activités, le groupe propose 4 « niveaux de pratiques » correspondant à 4 catégories générales d’expérience des utilisateurs, qui font sens sur le plan des compétences à mobiliser :

« réceptionner » (= s’appuyer sur la consultation de données pour s’informer,…)
(ré)utiliser,
produire
diffuser

  • Les compétences réparties dans 7 champs de compétences : l’information-documentation-communication (9 compétences) y trouve toute sa place ! associée aux domaines : Culture numérique (2), Design-Graphisme (4), Informatique (8), Statistique (6) et Lecture-écriture (4), Juridique (5).  Soit un total de 38 compétences (sélectionnées et nommées). L’ensemble de ces compétences a été agrégé et exposé sous la forme d’une carte sur laquelle les besoins en compétences de chacune des catégories (en bleu) ont été projetés

Il s’agit là d’un très bon exemple de production et de représentation visuelle de données !  Une très belle livraison (puisqu’il faut parler de « beau » maintenant) que les communautés travaillant sur les compétences et le développement d’action de formation auront comme soucis de poursuivre.

L’intérêt d’une cartographie : réagir et commenter. Tout d’abord pour voir si on ne fait pas d’erreur de compréhension ! Puis dans un 2ème temps pour en tirer des enseignements dans son propre environnement et peut-être permettre d’affiner ce travail initiateur (au fait: y aura-t-il une suite ?).

Quelques remarques rapides :

  • Le défi ici était de travailler sur des activités en dépassant la logique classique du novice/amateur//professionnel. Que l’on soit pro ou non, il faut mener un ensemble de tâches mobilisant un certain nombre de compétences,  pour chacune de ces 4 pratiques… La différence entre pro et non pro se situera plus du côté du temps mis à atteindre ces objectifs et/ou de la catégorie d’outils disponibles !  On a donc un référentiel utilisable dans de nombreux environnements.

Revenons à la notion de Niveaux de pratiques proposée

  • Ces 4 catégories me semblent proches d’une logique de processus comme on l’entend en entreprise pour organiser une activité :  réceptionner, (ré)utiliser, produire et diffuser.
  • Les référentiels de compétences et métiers s’organisent le plus souvent autour des compétences par métiers, rendant peu visible les relations entre ces métiers. Si ces référentiels ont été très fructueux pendant 40 ans, la mobilité, l’organisation collaborative (plus qu’individuelle) du travail et le renouvellement réguliers des activités, pratiques et compétences rendent ce duo « métier-compétences » contraignant. Les pratiques actuelles dans la production de référentiels visent à créer un espace intermédiaire entre les domaines de compétences et les (fiches) métiers : les processus.  Cette nouvelle dimension, qui certes complexifie ces outils,, offre en retour de multiples possibilités en aval : pour établir des programmes de formation, des fiches métiers, prévoir une organisation du travail à plusieurs,… Cette cartographie offre par exemple plus de souplesse pour tenir compte des compétences des uns et des autres, pour identifier les profils manquants,…
  • Rien n’est précisé dans la présentation de ce travail mais les « niveaux de pratiques » semblent s’apparenter plutôt à des catégories de publics distincts. Car si le premier niveau (réception) relève d’un socle commun de connaissances et compétence porté par tout citoyen, les autres niveaux peuvent renvoyer à un groupe d’individus travaillant en collaboration, plus qu’à un individu unique. Est-ce vraiment des niveaux (de pratiques) ? J’ai l’impression que c’est l’ensemble des activités (plutôt que compétences) à conduire pour mener un projet de données ?
  • La catégorie « Réception« , utilisée de façon isolée, me paraît très modeste. Le domaine Statistiques par exemple est vierge. S’adresse-t-on vraiment à un citoyen cherchant à comprendre les résultats d’une étude (statistiques) via les graphiques fournis par sa mairie ? Peut–on comprendre un sondage ou une cartographie sans un minimum de connaissance et une certaine pratique des « statistiques » (analyse de données). Par analogie, peut-on lire sans savoir du tout écrire ? La question s’est également posée en ces termes pour l’image [3]. Réception semblerait ici un préalable à la réutilisation, la production ou la diffusion, plus qu’aux compétences d’un utilisateur autonome (d’où peut être la notion de niveau ?).
  • A l’autre bout de la chaîne (Diffusion), le diffuseur semble être aussi producteur et surtout éditeur plus que « simple » diffuseur (Produire des données prédictives et prendre des décisions » , Concevoir des plateformes …). Vaste programme.

Sur les compétences

Certaines de ces compétences sont très macros et l’on a envie parfois de gratter pour voir ce que cela recouvre en compétences plus précises. Mais ce niveau macro permet d’offrir une présentation synthétique.

  • Ici  « Lecture«  s’étend au delà du seul registre textuel puisque ce domaine couvre la « culture visuelle » : on lit un texte, des données et une carte. Cela me plait bien…
  • Mais quid de l’écriture ? ici l’écriture semble être strictement associée aux textes et aux mots, puisqu’écrire selon les règles des données et non des mots supposeraient quelques compétences en statistiques et en informatique ?
  • J’aimerais également vraiment connaître les raisons qui ont présidées au classement de la compétence de Recherche d’information dans le domaine « Lecture & Ecriture » ? Que « Trouver l’information pertinente » (dans un document, ou éventuellement dans un catalogue quand on s’y trouve déjà) soit dans le domaine Lecture & Ecriture, cela me semble pertinent, mais la recherche de sources d’information pourrait relever plutôt de compétences Information ? A moins que la « Recherche d’information » se limite à l’intérieur d’un silo.
  • Évidemment j’ai été absolument ravie de voir apparaître le thésaurus ici, mais vraiment je suis perplexe ! Ou alors ce terme a été pris dans un sens plus large que celui des normes dans ce domaine et correspondrait plutôt au mot « taxonomy » utilisé par les américais englobant tous les outils de structuration et d’organisation des concepts et des connaissances (listes de thèmes, classification, tags).
  • Personnellement, je trouve que l’absence récurrente de la compétence de « suivi dans le temps » ou de « gestion » est très dommageable. Il faut bien quelqu’un pour vérifier ce que font les machines d’un côté et les humains de l’autre  ! Une fois que l’on a structuré les données, personne ne contrôle la qualité, la partie vérification n’étant associée qu’en réutilisation, le minimum syndical si je puis dire.  Mais personne ne fait les ajustements nécessaires (gestion) ? S’attend-on que les ré-utilisateurs et parfois les utilisateurs s’expriment pour qualifier les données ? La dimension « niveau de compétences » ou des précisions sur la nature de la compétence permettraient probablement d’établir cette distinction, cette gradation au sein d’une même compétence qui ici est présente ou absente.
  • Et pour finir : J’aimerais bien avoir le retour des collègues de Metacarto pour connaître leur avis sur le domaine Design…
Notes

[1] Deux groupes de travail sur la culture de donnée

Futur en Seine – le 13 Juin (10h-12h) – Peut-on démocratiser une culture de la donnée ? – Animé par Amandine Brugière – http://amandineb.tumblr.com/post/57157561338/y-a-t-il-des-competences-data-specifiques

Semaine de l’OpenData 2011 – le jeudi 27 Juin. Les données en pratique : quelles compétences pour une culture de la donnée? http://opendataweek.org/presentation/

[2]  Infographie et contenu informationnel en bibliométrie, Christian DUTHEUIL, Revue Française de Bibliométrie. N°9, Septembre, 1991. – p38-47, 13 ref (http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=4596252)

[3]. Ces travaux me rappellent également ceux menés dans le domaine de la culture aux médias – http://eduscol.education.fr/cid59823/competence-et-culture-mediatiques-2012.html

Y a-t-il des compétences « data » spécifiques ?

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