Des « LIS » aux « iSchools » – le phénomène des écoles d’Information du continent nord américain

MAJ 2013 -Une étude (article en accès libre) apportant un autre regard sur ces écoles d’information –
The state of iSchools: an analysis of academic research and graduate education, Dan Wu, Daqing He, Jiepu Jiang, Wuyi Dong and Kim Thien Vo, Journal of Information Science, 2012, 38: 15 (originally published online 19 December 2011), URL:http://jis.sagepub.com/content/38/1/15 (DOI: 10.1177/0165551511426247)

MAJ du 23 août 2010  : 5 articles sur les iSchools dans le Bulletin vol.36, n°4 d’avril / mai 2010 de l’Asis&t (American Society for Information Science and Technology (ASIS&T)
En pdf (2.6Mo) ou en ligne.

=============================================================================================================

Ce que sont les iSchools

iSchool (Information-School) est le nom de baptême d’un type d’école spécialisée en « Information ». Des 24 établissements actuels qui se réclament sur le continent d’Amérique du nord, de ce phénomène, la plupart sont issus d’anciennes Ecoles « LIS » – Librarian and information Science – École des bibliothèques et des sciences de l’information).

Mais ce phénomène est beaucoup plus qu’un simple changement de nom….

Les iSchools postulent que le progrès des sciences, de l’éducation, de l’économie et de la culture suppose une expertise dans le domaine de l’information sous toutes ses formes. Cette expertise inclut la compréhension des usages et des utilisateurs d’information, la nature même de l’information aussi bien que les technologies de l’information et leurs applications (à partir de la Charte des iSchools).

En s’arrêtant à ce niveau d’exposé, tout le monde semble d’accord ; on peut même dire que beaucoup de pays ont déjà fait ce pas.

Mais ce fondement interdisciplinaire – Information / Technologie / Usages – génère un type d’école qui regroupe et articule en son sein, concrètement, ces trois branches disciplinaires avec une importance égale.

Mettre l’accent sur le postulat d’une mise « en exergue [de] l’information par rapport au livre et à la bibliothèque » comme le fait Diane Mercier ou sur la réunion de la «bibliothéconomie, archivistique et muséologie dans une profession unifiée » comme le souligne JM Salaun ne constituent pas, à mon sens, le fondement de ce mouvement : ces deux hypothèses me semblent relever en fait d’étapes préalables ou initiales au phénomène actuel des iSchools, étapes qui se sont déroulées pour les USA dans les années 1980, voire avant.

Parce que bien sûr, ce « phénomène » ne vient pas d’apparaître et l’article publié récemment sur ce sujet [The Information School Phenomenon, Gary M.Olson, Jonathan Grudin] le montre bien …. L’auteur nous présente sur une ligne du temps, le développement du phénomène depuis les années 1960.

Ligne du temps du développement du phénomène des iSchools aux USA.

Ligne du temps du développement du phénomène des iSchools aux USA.

C’est l’Université de Syracuse avec son doyen, Robert Taylor, qui en 1974 donne le ton :

A way to fold the library science program’s vision of enabling people to find and use information into an ever-broadening set of academic disciplines.
(Une façon de plier la vision du programme des sciences bibliothéconomiques afin de permettre aux personnes de trouver et d’utiliser l’information dans un nombre toujours plus large de disciplines universitaires.)

Ce mouvement s’est accéléré au début des années 1990 avec l’intégration progressive de disciplines ou composants disciplinaires. Prenons l’exemple du composant Interface homme machine (HCI). Celui-ci existe déjà dans les universités, intégré à différents départements suivant les besoins : informatique, mais aussi marketing/commerce, ingénierie, sciences sociales et humaines, études et techniques de communication. Mais la partie HCI est marginale dans ces différents dispositifs, alors qu’elle se développe avec une place centrale dans les iSchools.

Construction des iSchools à partir de quelques exemples

Sur les 21 I-schools, 15 viennent des LIS, mais 6 sont des constructions nouvelles comme à Carnegie Mellon / Pittsburg (où s’est déroulé le denier RIAO en 2007), Université qui s’inscrit dans le mouvement iSchool à travers son Ecole des Systèmes d’information et de Management.

Plus que le concept de « management de l’information » que nous connaissons, ce phénomène intègre de façon plus formalisée les technologies de l’information (informatique et réseaux) et les Interfaces – le projet CRISTAL-ED (Coalition on Reinventing Information Science, Technology, and Library Education ) initié à l’Université du Michigan. Cette dernière après avoir adopté comme dénomination première « Ecole des sciences de l’information et des bibliothèques » a choisi en 1996, la dénomination d’école d’information – School of Information – avec un regroupement de 9 masters de sciences en information (MSI) et des spécialisations :

  • Info Analysis and Retrieval (j’adore !)
  • Archives and record management (ARM)
  • Human computer interaction (HCI)
  • Incentive-Centered Design)
  • Community Informatics
  • Information Policy
  • Library and Info Services (incluant School Library Media)
  • Preservation of Information
  • Social Computing.

L’ALA a accrédité l’ensemble de ce programme et pas uniquement le programme LIS (voir en annexe quelques mots sur le fonctionnement de la formation aux USA).

Bien que très novateur, la présence de masters traditionnels comme LIS ou ARM dans ces iSchools démontre que ce mouvement ne cherche pas à casser un existant ancien et riche, mais ce situe plutôt dans une continuité par rapport à une filière métier (ce sont des écoles professionnelles) et académique.

> Syracuse – School of Information studies

Je note que Jian Qin, l’un des auteurs de l’ouvrage « Metadatas» sortie fin 2008, est justement de cette école de Syracuse.

Information Management

  • Master of Science in Information Management
  • Executive (les chefs !) Master of Science inInformation Management (ouvert aux professionnels ayant déjà 7 ans minimumd’expérience)

Library and Information Science

  • Master of Science in Library and Information Science
  • Master of Science in Library and Information Science–School Media Specialization

Telecommunications and Network Management

  • Master of Science in Telecommunications and Network Management

Doctoral Programs

  • Ph.D in Information Science and Technology
  • Doctorate of Professional Studies in InformationManagement

> Bekerley, School of Information Management and Systems en 1994

Notons que c’est à Bekerley que se sont développés d’importants projets de recherche dans nos domaines, comme l’interface à facettes, Flamenco, et le moteur de recherche Cha-cha mené conjointement avec le département d’informatique de la même université (Computer Science Division) !

Le nombre de diplômes délivrés est plus réduit mais diversifié.

  • Master of Information Management and Systems (MIMS)
  • PhD program
  • Management of Technology Certificate

La liste des cours qui peuvent être suivis de façon autonome fourni également un bon aperçu de ces écoles, comme ici avec un module sur le « Traitement du langage naturel »(toujours valable en 2015).

> Et chez nous ?

Bien que toute comparaison soit difficile (voir l’encadré sur le fonctionnement général de ces écoles aux USA plus bas), il me paraît intéressant d’essayer de montrer ce que serait cette construction chez nous [autour de ce concept fondateur – information/informatique/IHC]  :

Belle Ecole d’Information, isn’t it !

Ce regroupement interdisciplinaire a plusieurs avantages

Tout d’abord celui de faire travailler dès leur période de formation, des professionnels issus de disciplines différentes, professionnels qui auront concrètement à travailler ensemble dans leur vie professionnelle. Quand on connaît les freins, voire les échecs au développement de certains projets ou aux évolutions de certains dispositifs pour des raisons « d’incompréhension mutuelle », on peut évaluer l’importance de ce regroupement « humain ». Personnellement je préfère de beaucoup ce fonctionnement – plutôt que de vouloir à tout pris transformer les professionnels de l’infodoc en informaticien (et vice versa ?) comme cela est le cas, me semble-t-il, dans la formation SI de Marne La Vallée.

L’autre avantage réside dans des moyens et ressources partagés. Dans ce contexte, un aspect qui revêt un caractère essentiel porte sur le développement d’une recherche scientifique dédiée largement et commune.

Mais il ne suffit pas qu’il y ait regroupement de structure, pour que ces avantages aient des conséquences concrètes. En effet, Arlette Boulogne, alors directrice à l’Intd, avait œuvré pour un rapprochement de même type. Et effectivement l’INTD est intégrée depuis 3/4 ans au Pôle STIC (Sciences et technologies de l’information et communication) du Cnam [Note : en 2010 c’est fini, mais il me semble qu’il n’a plus vraiment d’Intd d’ailleurs!). Mais là s’arrête la ressemblance, car même si l’orientation « information et système d’information », arguments avancés par l’INTD a été acceptée, ce regroupement n’a eu aucune conséquence (à ce jour ?) sur les aspects fonctionnel, organisationnel ou sur les pratiques pédagogiques. Mais peut être faut-il laisser du temps au temps…

De plus il faut bien voir que l’intégration des technologies de l’information ou de l’interface homme machine dans ces écoles ne se substitue pas aux disciplines respectives. C’est la part de ces disciplines qui œuvrent dans le cadre des transformations liées à la Société de l’information qui s’intègre dans les iSchools. Ainsi la iSchool de Berkeley travaille-t-elle avec le division Informatique de cette même université (Computer Science Division du College of Engineering) pour le développement concret d’applications informatiques.

Alors phénomène durable ou mode passagère, se demande l’auteur ?

En 2009, 24 i-Ecoles aux USA et au Canada auxquelles se sont jointes à ce jour deux universités du continent européen œuvrent au sein du « iCaucus », un forum au sein duquel ces i-Ecoles collaborent pour promouvoir leurs intérêts collectifs via des manifestations annuelles telles que la » iConference » et en développant des ressources d’intérêt général sur ce sujet. On demande aux adhérents à ce mouvement, surtout d’être soi-même une Ischool, la seule contrainte étant de développer au sein de son i-Ecole des recherches dans ce domaine.

Les étudiants se placent bien, dans une grande variété de postes, de dispositifs et de secteurs ; et ces établissements participent activement à la recherche dans ces domaines.

Les réflexions se poursuivent comme le prouve ce récent atelier sur l’avenir des formations doctorales dans les iSchools (« the Future of iSchool Doctoral Education) – fin mai 2009.

Tout ceci semble augurer une évolution positive de la structure éducative dans nos domaines … aux USA !. Je n’ose poser la question sur ce qui se passe en France…

A suivre donc….

[Pour suivre mon fil Delicious  sur le sujethttp://delicious.com/dalb/ischools(sujet)%5D

Annexe – Quelques mots sur l’organisation de la formation académique et professionnelle aux USA

Les structures qui portent les formations au sein des Universités (aux USA) ont un poids très importan,  plus que les départements. « Their [schools, colleges] deans are powerful in the university’s administrative structure, much more so than departments and department chairs [article]. Ce qui leur donne la faculté de faire des propositions, de réorganiser leur fonctionnement. Beaucoup de liberté…

Mais les formations LIS (en particulier au niveau Master) sont accréditées par la ALA. Ce qui oblige à tenir compte du passé et de l’actuel en tenant compte du contexte.

Cette discipline est autonome par rapport au secteur de la Communication, spécificité française. [No comment 😉 ]

Exemple de quelques diplômes et niveaux

> Niveau Undergraduate (à peu près licence)

BS (bachelor of science) Information management and technology

Des spécialisations (minor ou minor en fonction du nombre d’unités/crédits couverts).

  • Dual Major (formation avec un autre institut ici la Whitman school of Management) in Information Management and Technology and School of Management
  • Dual Major in Information Management and Technology and Newhouse School of Public Communications
  • Minor in Global Enterprise Technology (formation ouverte aux étudiants de toute autre filière pour leur apporter une connaissance générale sur ce domaine)
  • Minor in Information Management and Technology

> Niveau Postgraduate ou graduate (après la lience) : Master et Doctorat

L’organisation – de longue date aux USA – en « credits » donne de la souplesse au montage de programmes diplômants ou certifiants. Cela permet aussi aux praticiens – surtout ceux qui ont déjà des diplômes – de développer leurs compétences en suivant des modules spécialisés et mis à jour !

Les écoles ont des obligations de recherche.Ainsi 15 écoles LIS ont fermées, non pas parce que leur formation n’étaient pas « bonnes » ; elles ont échoué face aux normes académiques de la recherche universitaire.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s